Farfelue
Mardi 21 mars 2006Balise m’a proposé il y a un bon mois de livrer six « vérités farfelues » sur moi-même. Elle ne m’a pas mise au courant jusqu’à hier et comme j’ignorais même jusqu’à l’existence de son blog, je n’ai pu exécuter la sentence. J’aime beaucoup le mot « farfelu » pour sa sonorité et son orthographe, même si je n’ai pas forcément très bien compris le concept de « vérité farfelue » et que j’ai déjà livré un certain nombre d’auto-vérités lors de semblables chaînes ailleurs ici (oxymore osé), je vais essayer de trouver à amuser par ce biais.
- J’aime les alliances culinaires improbables : chaud-froid, sucré-salé, et mélanges bien moins conventionnels. ll m’arrive ainsi de me délecter simultanément de cornichons et de chocolat noir. Ah, l’acide du cornichon se révélant progressivement sous une couche onctueuse de chocolat préalablement fondue à la chaleur de la bouche…
- Je souffre d’une incapacité chronique à prononcer correctement le mot serpillière. Ma prononciation spontanée se rapproche plutôt de *serpilière, avec un beau l liquide et en insistant sur le second i. La production correcte du yod ([j] en alphabet phonétique international) me demande un certain effort de concentration. Cela m’incite à utiliser de préférence lavette ou le joli équivalent ch’timi wassingue, bien que je n’aie aucune racine connue dans cette partie de la France. Je n’irai pas jusqu’à en déduire un lien de cause à effet avec mon aversion chronique à manier cette même serpillière.
- Je porte au poignet gauche une montre classée par le bijoutier comme montre d’homme (je trouve les bracelets et les cadrans des montres dites de femme trop étroits pour mon poignet relativement charpenté), avec un gros cadran à gros chiffres et vraies aiguilles (pour bien lire, et pour le côté traditionnel), très peu serré (je peux passer quatre doigts de ma main droite entre le bracelet et la peau : je n’aime pas être emprisonnée), et le cadran est sur l’intérieur du poignet (c’est-à-dire que quand je regarde l’heure, je vois ma paume, et non pas le dos de la main comme c’est plus fréquent). Et je tiens suffisamment à tout cela pour en faire une vérité farfelue de cette liste.
- J’ai une mémoire des noms propres assez époustouflante, pour tout dire parfois je m’époustoufle moi-même. Cette capacité touche particulièrement les mondes du livre (écrivains, noms de lieu, personnages) et du cinéma (acteurs-trices, réalisateurs-trices, etc). Pas plus tard que ce matin, j’étais très contrariée de ne pas retrouver le nom de l’acteur qui interprète Cyrus Crabb dans Dinotopia, fiction télévisuelle familiale assez méconnue je pense, que j’ai vue une fois il y a plusieurs années. J’ai mis environ trois minutes à retrouver qu’il s’agissait de David Thewlis (ce qui m’a un peu vexée, trois minutes étant une contre-performance très inhabituelle). Je me suis vengée en me rappelant dans la foulée l’ensemble des films dans lesquels il avait joué et que j’avais vus et le nom des personnages qu’il y interprétait. Ceci dit, ça ne sert pas à grand-chose, à part à torcher les questions rose du Trivial Pursuit.
- Bébé, je mettais toujours ma tétine (que j’appelais alors cre-cre) à l’envers dans ma bouche, c’est-à-dire que la partie qui devait être du côté de la langue se retrouvait collée au palais et inversement. Si on me l’insérait d’office dans le bon sens, je lui faisais immédiatement faire demi-tour d’un coup de langue ; ce qui, d’après ce qu’on m’a raconté, avait toujours beaucoup de succès en société. J’ai toutefois rapidement abandonné la cre-cre. On m’a dit que j’étais trop grande pour en avoir une. Vexée, je l’ai jetée à la poubelle.
- On ne sait pas exactement quand ni comment ça s’est passé, mais il semblerait qu’un jour, la gauchère que j’étais ait décidé de se contrarier toute seule. C’est passé relativement inaperçu, je pense qu’on était plutôt soulagé de me voir revenir dans le droit chemin pour écrire. Ma maîtrise naturelle de l’écriture spéculaire a un peu mis la puce à l’oreille de mes parents, tout de même. Il paraît qu’il n’y a que les vrais gauchers qui en sont spontanément capables. Ensuite, ça a un peu été le bordel. Je me rappelle un cours d’initiation au tir à l’arc où j’ai un peu catastrophé le moniteur ; évidemment, quand on utilise un arc de droitier en visant de l’œil gauche, le résultat n’est pas brillant. J’ai toujours un mal fou à savoir dans quel sens visser ou dévisser. Et on visse et dévisse beaucoup plus souvent qu’on ne le croit quand on est droitier : ne serait-ce que pour ouvrir un robinet ! On me fait régulièrement remarquer que je fais des choses « de la main droite mais à l’envers » (comme tracer un trait vertical par exemple, ou tenir des cartes à jouer), ou simplement de la main gauche : éplucher des haricots verts, rentrer un fil dans une aiguille, jouer au billard, manger avec des baguettes. J’ai mis de longues années à apprendre à me servir de baguettes d’ailleurs, ce n’est que le jour où j’ai changé de main que ça a été instantanément comme sur des roulettes ! C’est pas toujours pratique, mais au moins, une fois qu’on a compris où était le problème, on arrête de se prendre pour une handicapée moteur et on en prend son parti. En plus, ça permet d’épater la galerie, à l’occasion.
J’aurais sûrement pu trouver encore plus farfelu, mais c’est ce qui m’est venu en premier, et comme j’ai déjà beaucoup de retard… Je propose aux commentateurs et commentatrices du billet précédent (qui disposeraient d’un blog et qui n’auraient pas déjà été atteint-e-s) de prendre ma suite. Si par hasard vous avez eu le coup de foudre pour tant d’attendrissante excentricité, n’hésitez pas à me le faire savoir, hein.