Teasing
Samedi 22 avril 2006À peine rentrée de vacances, et déjà deux directeurs de thèse sur le dos. Un petit avant-goût du (peut-être) prochain billet touristique…
À tout bientôt !
À peine rentrée de vacances, et déjà deux directeurs de thèse sur le dos. Un petit avant-goût du (peut-être) prochain billet touristique…
À tout bientôt !
Parfois, je me dis que je suis en train de me dissoudre dans le virtuel. Comme si ma vie sociale et sensible se réduisait de plus en plus à l’errance d’un nuage éthéré dans les limbes de la toile. Ça n’est pas tout à fait vrai, bien sûr. Mais ces derniers jours, je ressens un terrible besoin d’être un corps, de m’ancrer dans le monde sensible, de toucher. Et l’impression d’être cruellement privée de telles sensations.
Je me suis surprise à envier une paire de biologistes raconter comme ils décapitaient des souris et des papillons pour les regarder au microscope et alimenter leur thèse. Moi, je passe presque toute ma journée devant un ordinateur, à manipuler des chiffres et à écouter de faux sons, même pas fabriqués par des instruments qui oscillent dans l’air. Je l’ai choisi, ça me plaît. C’est juste un peu… abstrait.
J’ai envie de marcher pieds nus dans la terre ; de sentir mon violon, que je n’ai pas eu le temps de toucher depuis des mois, vibrer de tout son bois contre les os de mon corps ; de rencontrer de nouvelles personnes, vraiment, de les toucher, de partager avec eux les saveurs d’un bon repas et de savoir la même nourriture solide dans leur bouche et la mienne ; envie d’avoir chaud et d’effleurer des corps inconnus dans la pénombre d’une piste de danse. J’ai envie de mettre des visages derrière vous, mes lecteurs et lectrices, de ne plus avoir à faire à des pseudos et des adresses I.P. mais à de la chair et du sang.
Je parle à des fantômes, je tchatte, je survole, je papillonne. Tout cela n’est pas vrai. Les pages défilent sous mes yeux, j’imagine ce qui pourrait peut-être éventuellement être possible sans rien faire, je laisse passer, et puis quelqu’un me parle, qui est loin, que je ne peux pas voir, que je ne peux pas toucher, et ce n’est qu’une même variante de ces simulacres de communication, virtuels, entre avatars.
J’ai envie près de mon oreiller d’une tête qui ne serait de bois, éventuellement, qu’au figuré, mais qui serait avant tout des os des veines de la peau de la cervelle, une tête avec des cheveux à caresser, des yeux dans lesquels plonger, une bouche à embrasser, des oreilles où chuchoter des secrets, et surmontée d’un vrai corps où je pourrais faire courir mes mains, que je pourrais prendre dans mes bras.
Il y a quelques jours, j’ai été émue par des mains tremblantes, par un bégaiement, par cette fragilité tellement humaine à quelques mètres de moi, dans cette ambiance de partage, vivante, que j’avais l’impression de n’avoir plus connue depuis longtemps. Pour un peu, je me serais presque sentie en état de tomber amoureuse, de tant de vie bien réelle, que je pouvais toucher du doigt. J’ai rêvé, cette nuit, que je tenais ce corps vivant entre mes bras. Un rêve. Encore du virtuel. Une possibilité fugace, à peine entrevue, qui ne se réalisera pas.
Je passe trop de temps devant des ordinateurs. Trop de temps à parler avec mes doigts plutôt qu’avec mes cordes vocales. Trop de temps à nourrir mon cerveau et pas assez à me donner les moyens d’avoir des sensations bien réelles, bêtement corporelles, physiologiques, de l’électricité parcourant mes nerfs. Trop de temps à rêvasser de choses que je ne me donne pas les moyens de faire arriver.
Et pourtant, cette impression que ce bout de câble qui me sert de lien avec le monde, c’est mieux que rien…
Ça y est, je suis une vraie blogueuse : je subis depuis hier ma première invasion de spam. Ce qui est certainement aussi la preuve irréfutable, si besoin était de l’apporter, que je n’ai rien écrit ici depuis trop longtemps (à croire que les robots de spam guettent dans l’ombre, à l’affût des blogs abandonnés où ils pourront proliférer tranquilles).
C’est qu’en plus d’être envahie de spam, je suis envahie de boulot, et autres. On me dit de ne pas m’en faire, c’est normal, bienvenue en thèse. Ma vie est très remplie et paradoxalement, j’en blogue encore moins. Ça n’est pas une question de ne pas trouver le temps, mais j’ai plutôt l’impression que plus j’ai de choses à raconter, moins je le fais… allons savoir pourquoi.
J’aurais pu démontrer la richesse de mon vocabulaire, en explorant le registre dithyrambique dont j’aurais eu indéniablement besoin pour vous parler de l’incroyable formation C.I.E.S. que j’ai suivie la semaine dernière, pendant trois jours, de tout ce que j’y ai appris et de tout ce que j’y ai ressenti. Une autre note aurait été bien remplie par l’effet « retour de camp scout » qui n’a pas manqué de s’ensuivre. Je ne désespère pas de réussir à vous raconter un jour l’expérience intellectuellement, nerveusement et déontologiquement éprouvante qu’est la rédaction d’un article scientifique pour soumission à conférence. Quand j’aurais bouclé l’article en question, peut-être ! J’ai toujours au moins un billet à pondre sur l’éblouissant regard des enfants de 7 ans à qui je raconte les mathématiques, et autres considérations sur mes activités d’enseignante. Et j’arrête là car je me rends compte que je me répète, à force.
Tout ce que je voulais moi, c’est que les robots me fichent la paix pendant encore 2 ou 3 semaines.