Archive pour janvier 2008

Rupture

Carnaval des blogs médicaux

Mardi 29 janvier 2008

Chère C.,

Je te quitte. Voilà. J’aurais aimé te le dire en face, mais tu ne réponds pas à mes coups de fil, impossible de te parler ou te voir, il ne me reste que la plume. C’est un aveu d’échec, difficile à faire et lourd de conséquences, mais je ne vois plus d’autre issue à notre relation. Je dois partir. Nous ne nous reverrons plus.

Je pensais que notre relation était partie pour durer. Si je m’en tenais à ce que tu m’as dit dès notre première rencontre, nous aurions pu aller très loin ensemble. Ce n’est pas de gaieté de cœur que je constate aujourd’hui que ce ne sera pas le cas. Ne fais pas semblant d’être surprise : la dernière fois que nous nous sommes vues, tu as bien dû sentir que quelque chose n’allait pas, ou alors, tu es encore moins attentive que je ne le croyais. Tu m’as menti, froidement, et avoué que tu t’étais peut-être trompée, en me regardant dans les yeux comme lors de ton mensonge. Je me suis sentie trahie, et quand la confiance est brisée dans une relation de ce type, il n’y a plus rien à faire. Tu m’as à peine regardée, tu ne m’as même pas touchée !

J’en ai connu d’autres, tu sais, beaucoup d’autres. Des hommes et des femmes, de tout âge. Tu es loin d’être la première. Nous en avons parlé, mais tu ne voulais pas trop en savoir, dans le fond, puisque malgré tout ce que j’avais pu te dire, tu voulais commettre les mêmes erreurs. Certains m’ont bien traitée, bien mieux que tu ne l’as fait, dans le respect et l’empathie. Je me souviens encore d’O., qui m’a passé le savon de ma vie et qui m’a sauvée, qui a su trouver les mots pour me faire rester quand il le fallait. Et de N., qui avait tant l’air d’y croire, qui souriait à mes plaisanteries, qui m’a traitée comme une personne humaine à part entière, dont j’attendais les visites avec impatience et le cœur battant ; j’avais de l’admiration pour lui, pour son intelligence si évidente, sans que cela mette trop de distance car il savait me traiter d’égal à égale. C’est lui qui est parti au loin, ainsi va la vie. Difficile de maintenir une relation durable dans ce monde qui est le nôtre, le vôtre, vous qui êtes des pigeons voyageurs.

Il n’y a que B. que je vois régulièrement. Tu le sais, et tu savais que ma relation avec B. ne mettait en rien en danger celle que j’essayais de construire avec toi, elle est d’un autre ordre, plus superficielle, sans crise, sans heurts, B. est une sorte d’image maternelle, l’image de la bonne cantinière ou de la mère maquerelle auprès desquels les guerriers viennent se reposer. B. m’écoute et se soucie de moi, il sait lire entre mes mots et ne se contente pas de ce que je semble lui dire en premier plan. Je vois B. depuis sept ans, c’est sûrement la différence entre toi et lui. Notre union est même officialisée sur un bout de papier. Nous nous sommes choisis mutuellement. Toi, je ne t’ai pas choisie, tu t’es imposée à moi. Dans l’ordre des choses, ce serait à toi de me quitter, c’est souvent ainsi avec les gens comme toi, mais pas cette fois, cette fois, je m’en vais, et je te demande de me rendre tout, les photos, les lettres, je veux emmener mon histoire avec moi et ne rien laisser dans tes tiroirs.

Tu n’as peut-être pas l’habitude d’être quittée ainsi. Tu comptes sur ta réputation, tu es connue pour être un très bon parti, il y a même une liste d’attente. Peut-être es-tu trop sûre de ton pouvoir, te sens-tu irrésistible ? en position de force ? la loi de l’offre et de la demande t’est clairement favorable, alors tu peux te servir à ton choix. Tu en as perdu ton âme sur le chemin, ma pauvre. Je ne suis pas comme les autres. J’ai peut-être plus d’expérience que ceux qui se laissent maltraiter pour tes beaux yeux, ils n’ont pas connu suffisamment d’histoires ratées et douloureuses, ils ne connaissent pas tes stratagèmes, ton entreprise d’humiliation a bien marché, ils se laissent embobiner par tes beaux discours sans essayer de les comprendre, ils n’ont plus assez d’estime d’eux-mêmes pour décider de te quitter.

Alors je repars sur la route de l’errance, à la recherche de quelqu’un qui te remplacera. il faudra repartir de zéro, je le sais, reconstruire pierre à pierre, se raconter, de nouveau, se jauger l’un l’autre, et voir si l’on peut installer la confiance, le respect mutuel, l’écoute, qui ont tant manqué pour que j’accepte encore de te suivre. Je suis fatiguée d’avance, mais je veux y croire. Je choisirai peut-être un homme, cette fois, car tu m’as tant déçue que je chercherai ton antithèse. J’aurai besoin de l’admirer un peu ; de savoir que je peux tout lui confier, sans qu’il me juge ; d’avoir confiance en lui, ses conseils et ses choix ; il écoutera aussi ce que je dirai et l’incorporera dans ses décisions, il ne me traitera pas comme un enfant ; je pourrai le voir assez souvent, et quand nous nous verrons, il ne regardera pas sa montre et m’accordera le temps dont j’aurai besoin ; il répondra à mes questions et ne me prendra pas pour une idiote, il me parlera franchement, saura jauger d’un simple regard ce qu’il peut me dire et ce qu’il doit encore garder pour lui ; il comprendra ce que je ressens et me considérera avec bienveillance, sans tomber dans l’excès car il devra se préserver aussi. Ce sera une relation saine et équilibrée, basée sur la confiance. Il sera mon premier médicament, ce que tu n’as jamais su être. Je sais que je le trouverai.

Il y a plein d’autres neurologues dans l’océan.

***

NB. Ce texte est ma participation au premier Carnaval des blogs médicaux, initié par le fameux Dr. Lawrence Passmore, sur le thème « relation soignants/soignés », thème passionnant et riche s’il en est. J’ai tenu à y participer d’une part parce que ce thème, déjà traité dans plusieurs pages de ce blog, m’intéresse hautement, mais aussi parce que le carnaval dans sa globalité a la grande qualité de rassembler des soignants et des soignés, dont les vues ne se rencontrent pas assez souvent à mon avis. À la fois patiente et lectrice assidue de blogs médicaux, je pense qu’il faut se féliciter de cette rencontre virtuelle. J’aurais pu recycler des choses déjà écrites, ou faire une note plus synthétique et plus sérieuse sur ce que je pense de cette problématique, mais j’ai trouvé plus amusant de l’aborder d’une manière plus originale, et je pense quelque part (mais c’est sans doute un peu prétentieux) qu’on pouvait attendre de moi ce genre de contribution. Réponse et synthèse sur le blog du carnaval dans quelques jours !

Enseignante

Ph.D. trilogy, episode 3

Vendredi 4 janvier 2008

Vous avez tous cru que je me prenais pour la Douglas Adams du pauvre avec une trilogie en deux épisodes. Et bien non.

En dehors de leurs activités principales liées à la recherche, un bon nombre de doctorant-e-s se livrent à une activité toute aussi sacerdotale que la première : l’enseignement. Il y a plusieurs raisons à cela. La première est généralement financière, les charges d’enseignement supérieur étant un revenu d’appoint non négligeable au regard du montant de leurs revenus principaux. La seconde est directement liée à leurs perspectives professionnelles : l’obtention de la qualification au poste de Maître de Conférences est conditionnée à la justification d’une expérience d’enseignement. La troisième, plus rare et qui paraît incongrue à un nombre étonnant de gens, oserai-je le dire, c’est que… ça leur plaît.

Pour enseigner en thèse, il existe deux principales possibilités. La première consiste à assurer des vacations, charges ponctuelles, après lesquelles il faut courir constamment (la vacation est une proie timide), de préférence avec un peu de piston ou un efficace bouche-à-oreilles (hey, ça te dirait pas un TP de Cobol, la cousine du voisin de ma grand-mère cherche un esclave doctorant pour s’en occuper). Le revenu est irrégulier, mais la solution offre la maîtrise de son emploi du temps. La deuxième solution consiste à solliciter un monitorat d’initiation à l’enseignement supérieur, charge fixe d’enseignement accordée pour 3 ans et payée mensuellement quel que soit le nombre d’heures effectuées au cours du mois. Le service correspond à 64 heures d’équivalent TD par an. Outre l’avantage de la tranquillité (le monitorat est accordé pour les trois ans de thèse), cette expérience est bien reconnue par les commissions de spécialistes examinant les candidatures aux postes de Maître de Conférences, et offre en outre de l’ancienneté (et l’échelon de salaire qui l’accompagne) en cas de recrutement ultérieur. Il peut également servir de stage aux doctorants agrégés. La contrepartie, c’est qu’en cas de manque de temps à la fin de la thèse, il n’est pas possible de « lever le pied » sur la charge d’enseignement.

Connaissant mon goût pour l’aventure, ma confiance en mon avenir professionnel et l’intérêt que je porte à l’argent, vous avez évidemment déjà deviné que j’ai choisi d’être monitrice.

Les monitorats sont gérés par des structures appelées Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur, qui assurent le recrutement, l’affectation et la formation des moniteurs. Chacun de ces quatorze centres regroupe plusieurs établissements d’enseignement supérieur (essentiellement des universités) suivant des critères géographiques. Pour ma part, je dépends du C.I.E.S. de Jussieu, dont dépendent les universités Paris 6 et 7 bien sûr, mais aussi Paris XII (Créteil-St Maur), Paris XIII (St Denis-Villetaneuse), l’université de Marne-la-Vallée, et, plus exotique, l’Institut de Physique du Globe, le Muséum d’Histoire Naturelle, l’Observatoire et le Palais de la Découverte.

Il y a environ 600 moniteurs et monitrices au CIES Jussieu, dont quinze sont affecté-e-s au Palais de la Découverte. Je ne pouvais pas louper une occasion pareille de ne pas tout faire comme tout le monde, n’est-ce pas ?

J’ai donc effectué mes deux premières années de service au Palais de la Découverte, lieu mythique de mon enfance, temple un peu désuet de la médiation scientifique (« vulgarisation » est un vocable politiquement incorrect entre les murs poussiéreux du Palais), dont j’ai découvert les coulisses non sans une certaine excitation. J’y ai eu l’occasion d’accueillir des curieux de tous âges, de tous niveaux scolaires, et découvrir le plaisir d’observer, parfois, cette petite lueur, mélange de surprise et de satisfaction, qui naît dans le regard de quelqu’un qui vient de s’emparer d’un fragment de connaissance nouvelle, d’appréhender ce que peut dissimuler une porte qui vient de s’entrouvrir. J’y ai découvert le frisson d’être sur l’estrade fixée par trente paires d’yeux curieux, le trac d’être prise au dépourvu par une question imprévue, le difficile équilibre entre la rigueur scientifique et l’accessibilité du discours qui caractérise l’exercice de vulgarisation, quelques ficelles pour susciter l’intérêt et capter l’attention, la fierté d’être regardée voire admirée comme dépositaire et transmetteur d’une connaissance, le plaisir d’être remerciée pour cela, verbalement ou dans le simple sourire d’un enfant ou d’un vieillard, tout aussi explicite qu’un mot.

Cependant, une frustration m’a poursuivie au cours de cette expérience, quelle qu’ait été sa richesse : mes visiteurs de passage, après une rencontre furtive, disparaissaient bien vite, et je n’en entendais plus parler. Comme tout étudiant fauché qui se respecte, j’avais dans mes jeunes années donné des « petits cours » dont j’avais gardé le souvenir plaisant d’un travail de fond, d’un suivi, d’un accompagnement d’au moins quelques mois. Le temps de transmettre un peu plus que du savoir, d’observer des progrès, le résultat d’un travail commun, de nouer un lien, une forme d’attachement aussi.

Pour être complètement honnête, ce n’est pas la seule raison qui m’a conduite à quitter le Palais à l’issue de ces deux premières années de monitorat. Après une prépa, une école d’ingénieurs, un master recherche dans un institut physiquement détaché de la fac et un retour en école pour ma thèse, je me voyais assez mal débarquer aux qualifications la bouche en cœur et être candidate à un poste de maître de conférences en n’ayant moi-même jamais mis un doigt de pied dans une université. Toujours est-il que j’ai salué une dernière fois les augustes mur du Palais cet été et rejoint une affectation un peu plus dans la ligne du parti, pour encadrer des travaux pratiques de programmation à Jussieu. Un truc plus « mainstream », en somme. Pour peu que vous ayiez usé quelques fonds de culotte sur les bancs de la fac, et subi des séances de travaux dirigés sous la houlette d’un jeune bigleux en blouse, vous voyez ce que je veux dire : la jeune bigleuse, maintenant, c’est moi.

J’ai découvert (sans enthousiasme débordant je dois dire) quinze jours avant mes étudiants le langage que j’étais censée leur enseigner, ce qui, je trouve, en dit assez long sur la qualité de l’enseignement dans une des universités les plus internationalement reconnues de France (hum hum). Mais là n’est pas la question, car le semestre passé m’a d’abord appris une chose : en première année de licence (première année d’université, donc, pour ces tout frais titulaires du baccalauréat), les connaissances proprement dites ne représentent qu’une assez petite partie de ce que l’on peut transmettre à ces attachantes jeunes pousses qui sont en formation dans tous les sens du terme.

J’emploie le terme attachement sans hasard aucun. À l’issue de mon premier semestre d’enseignement à la fac, c’est avec un peu de tristesse que je souhaite bon vent à ces étudiants que je ne croiserai probablement plus jamais. J’ai su en quelques heures les prénoms de chacun, repéré leurs besoins, leurs faiblesses, leur tempérament, et tenté de les accompagner au mieux. Je me suis efforcée de rassurer les stressés, de mettre sur la route de l’autonomie les plus scolaires, d’aider en douceur les trop fiers pour demander de l’aide, de ne pas faire perdre leur temps aux plus doués. À tous, j’ai tenté de transmettre une envie d’apprendre, une façon plus adulte et responsable d’envisager leurs études, non pas via l’obligation et la sanction comme la plupart d’entre eux les abordaient jusqu’au lycée, mais comme la construction de leur avenir et la définition de leur projet. Tout cela étant bien indépendant des récursions, des fonctionnelles ou des arbres binaires de recherche.

Je crois avoir établi un bon contact avec « mes » étudiants. L’expérience du Palais m’a appris à gérer mon trac et les séances de travaux pratiques sont moins anxiogènes que les cours magistraux. L’âge est un atout, aussi les étudiants s’adressent plus volontiers au jeune bigleux assistant-TP qu’au vieux croûton chargé de cours-TD, semble-t-il. Autant je peux me plaindre à maintes occasions de me sentir vieillir, autant, en cours, je ne me sens pas beaucoup plus âgée que les élèves, pas très loin d’eux. La question du tutoiement ne m’a pas préoccupé longtemps; j’aurais trouvé ridicule de les vouvoyer (bien que j’apprécie qu’eux le fassent, sans exception), et je ne pense pas qu’ils l’aient pris comme un manque de respect. On a parfois plaisanté. Je me suis sentie plutôt à l’aise. Moins en représentation qu’au Palais, d’une certaine manière, où j’étais là pour donner une forme de spectacle et où l’on payait pour me voir jouer les guignols dans la salle Pi. Au Palais, j’enseignais à des spectateurs ; à Jussieu, j’ai le sentiment d’enseigner aux jeunes adultes que mes étudiants sont en train de devenir. Je me projette plus facilement à leur place, le contact est différent, et me plaît davantage.

Bon, quand un étudiant, à la troisième séance de TP, lève la main pour demander « Madame, est-ce que je peux aller aux toilettes ? », il est assez difficile de nier que ça fait un drôle d’effet.

Une semaine avant leur examen, un étudiant m’a contactée par e-mail pour des questions de dernière minute. Il me demandait, avec quelques camarades, s’ils pouvaient me rendre visite pour avoir des éclaircissements sur certains points du cours. J’étais un peu gênée. Il me semblait à la fois bien naturel d’encourager cette volonté de travail et cette prise d’initiative, et déontologiquement douteux d’accéder à cette demande tandis que 700 étudiants d’autres groupes n’avaient peut-être pas accès à la même aide. Je ne voulais pas non plus court-circuiter le maître de conférences avec qui je travaille en binôme. Après une bonne demi-journée à me tarauder l’estomac et sur les conseils avisés d’un ex-fréquentateur des bancs de la fac, j’ai tranché en fixant deux heures de permanence à mon bureau ouvertes à tous les étudiants sous ma charge, soit une cinquantaine, considérant que ce qu’offraient les autres enseignants à leurs élèves n’étaient pas mon problème et qu’en offrant la même chance à tous les miens, je ne favorisais personne. Mais le dilemme m’a sérieusement tarabustée. Je dois trop m’impliquer.

Surtout si l’on considère qu’en fin de compte, un seul étudiant s’est déplacé jusqu’à mon bureau le jour dit. Celui, précisément, qui avait sollicité mon aide. Bien sûr.

Les notes finales du module sont arrivées quelques jours après l’examen, un peu avant Noël. C’est presque plus enfiévrée que pour mes propres résultats de contrôle que j’ai consulté celles de mes étudiants, avec l’envie qu’ils réussissent, l’envie de voir si le travail avaient payé. C’est que je les aime bien, mes étudiants. Surtout ceux qui ont un peu de mal et qui m’ont souvent posé des questions, forcément, j’ai passé plus de temps avec eux, j’ai vu leurs efforts. L’ennui, c’est que ce sont précisément ceux-là qui n’ont pas que brillé à l’examen, alors j’étais un peu déçue pour certains d’entre eux. Je m’implique trop.

Pour finir sympathiquement le semestre, j’ai eu l’idée de proposer à mes étudiants de se retrouver pour un verre dans un pub que j’affectionne tout près de Jussieu, pour y avoir passé quelques soirées en compagnie de geeks pur jus mais néanmoins civilisés. J’ai attendu la fin de tous leurs examens, considérant qu’il était mal venu de les détourner de leurs saines révisions de dernière minute dans ma position de prof. Quand j’étais étudiante, j’aurais trouvé sympa qu’un chargé de TP propose quelque chose de ce genre, un échange moins formel, un autre cadre que la salle de TP pour des discussions un peu plus « méta ». Et puis, j’avoue, ça me faisait un peu de peine de ne pas les revoir une dernière fois avant de les laisser s’envoler vers leur deuxième semestre. Mes premiers étudiants… Il semblerait que j’aie négligé plusieurs aspects de la psychologie élémentaire de l’étudiant lambda, j’imagine. En premier lieu, que deux jours après les partiels de décembre, on a tout sauf envie de retourner à la fac, dans le cas improbable où l’on n’a pas déjà sauté dans le train qui file droit vers la dinde et le réveillon farcis aux parents. Ensuite, que le lendemain des partiels, on boit, et que donc le surlendemain, on cuve. Enfin, que même si elle était cool (pour une prof), on n’a pas forcément envie de boire un verre avec sa prof. Peut-être même qu’on trouve ça bizarre qu’elle propose ça.

J’ai donc pris une bière (lui, un coca), avec un étudiant. Oui oui, le même. Il m’a même envoyé par mail de gentils vœux de bonne année, il y a deux jours, à quoi j’ai répondu courtoisement sans plus, avant que ça ne fasse trop.

Tout ça m’a fait un peu de peine. J’ai dû m’impliquer un peu trop. Je me suis plus attachée à eux qu’eux à moi en tous cas, c’est certain. Pourtant, si ce que j’ai fait a servi à un seul étudiant, qu’il s’agisse de donner ce coup de main avant les exams ou de prendre un pot pour parler un peu de la fac, les études, la vie l’univers et le reste, je sais que je suis prête à le refaire, et que je le referai. Avec le même genre de questions, la même tristesse en pensant aux 49 qui s’en contrefoutent, et la même satisfaction pour le cinquantième. J’ai l’impression vague qu’on est un bon enseignant tant qu’on est prêt à travailler pour ce un sur cinquante et se satisfaire de ce qu’on a réussi à faire pour lui, et tant pis si le rendement est faible, tant qu’il n’est pas nul, je refuse de dire qu’il est négligeable. Et réciproquement, que le jour où l’on pense qu’un sur cinquante, ça ne vaut pas le coup, mieux vaut raccrocher la craie.

Si d’aventure la carrière d’enseignante-chercheuse se décidait à m’ouvrir les bras, émotionnellement parlant, j’ai l’impression que je me préparerais des fins de semestre difficiles.

Ah, oui, au fait, sinon, bonne année.