Proud
La diversité incroyable qui règne au milieu d’un cortège comme celui de la Marche des Fiertés est telle qu’on en regretterait le singulier du mot foule. En même temps, ce singulier veut aussi dire une unité, un être là tous ensemble. J’aime.
J’ai toujours aimé les grands rassemblements humains (depuis que j’ai l’âge suffisant pour que ma surprotectrice maman ne puisse m’empêcher d’y aller en tous cas). J’aime ce bruit, les rues envahies de vie, les sourires et les regards qui se croisent et se perdent aussitôt, le grondement de la foule en marche, les banderoles, les couleurs. Au moment de rentrer dans la foule, je ressens un incroyable frisson. Ce frisson qui picote, sur la peau moite de la chaleur orageuse d’été, je ne connais pas beaucoup de sensations corporelles plus exaltantes. Littéralement enfiévrée.
Mais ce que j’aime par dessus tout dans ces rassemblements, c’est la diversité humaine. Des enfants et des vieillards, des filles et des garçons, et tout ce qu’il y a entre ces deux paires d’extrêmes, des militant-e-s, des fêtard-e-s, des solitaires, des couples, des trouples, des familles, des homos, des lesbiennes, des hétéros, des trans, des bis, et tout autour, des passant-e-s curieux-ses, des cafetier-e-s à l’oeil goguenard ou ronchons, des CRS impassibles, des riverain-e-s agacé-e-s, des égaré-e-s hurlant en vain dans leur téléphone, des touristes étonné-e-s… Des gens qui hurlent des slogans, des gens qui marchent en silence, des gens qui brandissent des pancartes, des gens qui dansent, des gens qui fument, des gens qui se font prendre en photo, des gens qui prennent des photos, des gens sur les chars, sur la chaussée, sur le trottoir, à leur balcon, sur les arrêts de bus.
Les gens qui vont à la marche ne se ressemblent pas. Au milieu de cet inventaire à la Prévert, il n’y a pas vraiment une seule chose partagée par tous, qui les rassemblerait tous. L’homosexualité ? Pas mal d’hétéros sont là , simplement pour partager la fête, la musique. La défense des droits ? Tous les homos et gay-friendly ne réclament pas le mariage et l’adoption. Les grandes causes de santé ? Les bare backers ne restent sûrement pas chez eux ce jour-là . Pourtant, ils et elles sont tous là . Que ce soit pour s’amuser, provoquer ou militer, c’est avant pour être ensemble qu’on vient à la Marche.
Petit diaporama de souvenirs dans le désordre: les sempiternels jeux de mots vaseux de Bi’cause (itinéraire bi: les bis sont futés), les stewards et hôtesses de Personn’Ailes faisant les démonstrations de sécurité en guise de chorégraphie, les sirènes du char d’Act-Up au moment de la minute de silence et les centaines de manifestant-e-s couché-e-s par terre, le chant africain qui s’est élevé à ce moment-là , les “troubles de l’audition” parmi les fléaux listés sur le char de la LMDE, les ikse-tte-s et les hacheucé-e-s réconcilié-e-s sur le même char, Fiso archi démontée sur le char du Pulp, les petits angelots roses de Pinktivi et leurs sifflets, les matelots et leurs kilomètres de prospectus pour une croisière gay…
Cette année, je n’ai pas beaucoup marché au milieu du cortège (nous avons commencé par le remonter, à rebrousse-poil, pour tout voir et chercher des têtes connues), et j’ai même flanché avant d’arriver à la Bastille. Pourtant, comme chaque année, j’ai ressenti un sentiment profond d’appartenance, d’être à ma place, de ne pas me sentir seule. L’impression qu’ici et maintenant étaient vraiment le lieu et l’endroit où je devais être. Là , au milieu de centaines de milliers d’inconnu-e-s, je me suis sentie beaucoup, beaucoup moins seule que quelques heures plus tard, parmi une poignée d’amis à la terrasse d’un café qui sont pourtant bien plus proches de moi. Paradoxal ?
Vivement l’année prochaine et longue vie à la Marche !
PS. Seul désolant bémol de cette journée: même ce jour, avec une demi-douzaine de gouines au mètre carré, je n’ai pas osé en aborder une seule, et aucune ne l’a fait non plus. L’année prochaine, j’écris “single” sur mon front.
26 juin 2005 à 10:22 pm
Marche au soleil
Et puis Artefact a
lancé un appel à motivation sur IRC. Alors, je me suis décidé, j’ai
encore rentabilisé mon forfait GSM pour compter les troupes, et j’ai
gaillardement chaussé de jolies pompes et une moche casquette, chargé
ma besace d’une gou…
26 juin 2005 à 10:37 pm
Tiens d’ailleurs je me demandais, et quelqu’un qui passe saura peut-être la réponse (sinon je la poserai à un contact chez JCDecaux) si les abribus parisiens sont calculés pour supporter sans dommages irréversibles le poids d’une demi-douzaine de marcheureuses sautant sur le toit. La résistance de ces structures est proprement étonnante.
27 juin 2005 à 5:55 pm
Artefact, tu devrais savoir que j’ai à ma disposition toute une liste de gouines à maquer. La plupart sont blondes, j’en conviens et j’en suis fort désolée. Mais bon… à bon entendeur etc, comme on dit.
27 juin 2005 à 6:07 pm
La gay pride vue d’en haut
Pour la première fois, j’ai vu la gay pride d’un air différent. J’hésitais à y aller, par manque de motivation, mais Melie a sû me convaincre : « allez, viens, allez, viens, allez, viens, allez, viens » (Melie qu…
27 juin 2005 à 7:37 pm
Melie: la plupart, ça veut dire qu’il y en a qui ne le sont pas ?
1 août 2005 à 9:50 am
Je me retrouve bien dans cette description de cette marche… joli post
22 mars 2006 à 3:31 pm
Ah la gaypride.. Une super fête alors que l’été commence à peine, de la musique plein les oreilles, des couleurs pleins les yeux, des sourire sur toutes les lèvres.. Et personne qui ne m’aborde non plus.. et ma timidité qui m’empeche d’aller les voir..
Pour cette année j’ai pensé a prendre un vieux t-shirt et ecrire célibataire.. dessus
15 septembre 2007 à 11:11 am
[…] Encore une fois, je me suis laissée entraîner par le battage médiatique qui se tient autour de la Gay Pride. Et aussi portée par l’envie qui me titille depuis quelques semaines de refaire un peu de photographie. Au rendez-vous quelques amis, dont Artefact, Aurele et Thomas, qui ont également parlé de notre petite sauterie. Même si l’on s’attend chaque année à un renouveau, et même si ce n’est que ma quatrième Marche des Fiertés LGBT, le processus semble immuable. Sauf que, peut-être, les chars portant les couleurs des diverses entreprises prennent une place progressivement croissante. France Telecom, Air France, SNCF, tout le monde tient à afficher son attitude gay friendly. Un char de l’APHP était là également, et un instinct primaire m’a poussé jusqu’au monsieur qui tractait pour récolter quelques informations sur l’association. Un seul fait à noter, la minute de silence précédée de quelques chiffres effrayants à propos de l’épidémie de VIH. La voix scande, un peu tremblante, des pourcentages qui font froid dans le dos. La réapparition flamboyante des pratiques à risque, favorisée par les idées fausses que l’on se fait vis-à -vis du traitement antirétroviral, l’immobilité des pouvoirs publiques, le je-m’enfoutisme grandissant. Comme un avertissement de plus, notre minute de silence à nous était troublée par un chant africain, une mélopée interminable dans soixante secondes. Alors voilà , comme tous les ans nous avons été des milliers, pas tous là pour les même raisons, les militants à côté des fétards, tout un petit monde qui se trémousse aux sons électroniques, qui se sent appartenir à un ensemble cohérent malgré une diversité réjouissante. Qui se sent porté par ses idéaux, l’envie de montrer qu’il existe, ce petit monde, ou tout simplement par la musique et les couleurs, sous un soleil écrasant. 201e […]