Exercice de style
Il m’arrive parfois d’imaginer comment un écrivain (doué, cela va sans dire) me décrirait si je devais apparaître dans un de ses textes. Suivant l’humeur, le résultat est variable.
Romantisme enflammé
Au moment même où elle entra dans la pièce, je sus que cette femme allait jouer une voix décisive dans la partition de ma vie. Les regards se tournaient vers elle comme attirés par un puissant aimant. Son visage pâle et son regard mélancolique étaient encadrés par des cheveux noirs de jais qui en rehaussaient la beauté et le mystère. Ses gestes calmes et lents étaient un appel à la sérénité et ses formes généreuses, qu’on devinait juste derrière ses vêtements noirs, une douce tentation de sensualité. Elle eut un hochement de tête discret pour chacun et sans s’imposer dans les conversations, elle n’en perdit pas une miette, acquiesçant parfois discrètement. Cette femme savait écouter. Une fois, un demi-sourire traversa comme l’éclair son visage, révélant de délicates fossettes; mais la même tristesse continuait d’imprégner ses yeux ambrés. Et je sus que toute ma vie, j’allais user de tous les moyens que la vie pourrait m’offrir pour gommer de ces yeux si beaux cette insondable tristesse.
Bienveillance maternelle
Je l’ai voulu, ma fille, ah ça ! depuis toute petite. Une petite fille, c’est tellement mignon. Je ne l’ai pas trop ratée. Bon, elle est toute pâle ç’en est maladif, des fois on dirait qu’elle va avoir la leucémie. Mais sinon elle est plutôt jolie. Dommage qu’elle se laisse aller, c’est vrai, elle se laisse quand même sacrément pousser le cul, ces derniers temps. Je lui achète des yaourts 0% à mettre dans son frigo quand je vais la voir, mais si elle mange des pizzas, qu’est ce que vous voulez que j’y fasse, moi, je peux pas être là tout le temps pour surveiller ce qu’elle mange, faut que je m’occupe de mon mari. Elle a des cheveux noirs comme les miens, en fait, tout le monde a toujours dit qu’on se ressemblait beaucoup ! Bon, il faudra pas qu’elle les mette tout le temps derrière les oreilles, ça fait Jane Eyre (elle ne veut pas me croire, mais moi je lui dis: elle a les oreilles un peu décollées). Enfin. Elle pourrait vraiment être belle, si elle était un peu plus féminine. On n’attire pas les mouches avec du vinaigre (des docs martance, des jeans et des ticheurtes trop grand, en l’occurrence). Elle veut même pas mettre de boucles d’oreille, pourtant je lui ai fait percer les oreilles quand elle avait 4 ans et depuis je lui en offre. Je comprends pas pourquoi elle m’en veut autant après tout ce que j’ai fait pour elle. Pas étonnant qu’elle me dégotte pas un gendre. Et quand est-ce que je vais avoir mes petits-enfants, moi ?
Adolescence boutonneuse
La prof que mes parents m’avaient collée d’office le samedi matin était plutôt sympa. Pas trop moche pour une vieille et pas trop chiante surtout. Je pouvais lui faire gober tout ce que je voulais, une sacrée cruche, et tant mieux ! J’ai dû m’en sortir en faisant le boulot qu’elle me demandait, allez, une fois sur deux. Cahier oublié, malade, trop de travail, un livre à lire pour le cours de français… elle croyait tout. Mais sympa, on voyait qu’elle se donnait du mal pour m’aider, elle voulait pas voler son argent. Elle me parlait toujours avec ce ton débile comme si j’avais 5 ans. Mais elle prenait toujours vachement de temps pour m’encourager, faire le bilan de ce qu’on avait déjà vu, prévoir ce qu’on allait faire les séances suivantes. Tant mieux, comme ça on faisait moins de maths. Le premier jour, elle m’a demandé si j’étais gaucher ou droitier ! C’était pour savoir si elle s’assierait à ma gauche ou à ma droite, pour voir ce que j’écrivais. Bizarre. Toujours habillée n’importe comment, avec les cheveux à moitié attachés de travers, genre choucroute sauf qu’elle avait pas assez de cheveux pour en faire une vraie. Un peu négligée, d’ailleurs trois fois sur quatre, sur la table où on travaillait, il y avait encore des traces de bouffe. Par contre quand elle écrivait, c’était super propre, ça, ça me trouait le cul. Elle était gentille. Le jour où je lui ai dit que je passais en première, elle en avait presque les larmes aux yeux, je l’ai vue.
Réalisme objectif
Une rousse sublime entra dans le bus. Sexy en diable, un décolleté généreux, de délicieuses taches de rousseur mutines sur les pommettes, une bouche pulpeuse, une chevelure bouclée et épaisse, des jambes magnifiquement galbées. Ses vêtements étaient un savant mélange de tous les styles, bouts de tissus colorés, peau dévoilée inattendue… Elle était bohême et magnifique.
La petite brunette insignifiante assise en face de moi en resta complètement bouche bée. Je l’aurais jamais cru gouine, d’ailleurs.
11 juillet 2005 à 11:59 am
Les capacités d’introspection et d’auto-dérision sont précieuses mais insuffisantes. Il faut y ajouter la capacité à vouloir changer ce qui est changeable lorsque tu penses que ça améliorera ta vie.
Maintenant, il ne te reste plus qu’à te mettre dans la peau d’un relooker, d’un nutritioniste, d’une lesbienne en chasse d’une petite brune, et à te donner des conseils pour coller à l’idéal féminin que tu voudrais être. Et après, il faudra les suivre.
C’est sûr, après, tu ne pourras plus écrire le même genre de textes, ou alors ils seront moins autobiographiques. Mais tu en écriras sur la folle compétition entre tes amantes potentielles.
11 juillet 2005 à 12:31 pm
Raymond Queneau n’a qu’à bien se tenir !
11 juillet 2005 à 2:15 pm
Dans la lancée, continuons un peu l’exercice de style.
à la manière du joueur de scrabble:
artefact, après l’heure du thé, ouvre ses ailes pour devenir fractale …
à la manière de l’architecte:
telle le pont Charles de Prague, je relie modernité et authenticité,
à la manière de l’enfumeur:
kouf…
à la manière d’un film nuet noir et blanc de la grande époque:
(la musique du piano retentit, entraînante et charmante, pendant que les mutinés du Potemkine se font massacrer le long d’un escalier sans fin)
à la manière d’une 5/2 devant les panneaux de résultats des écrits des mines :
grand sourire devant ses interminables listes blanches remplis de noms de tant d’anonymes,
à la manière d’une marmotte:
quand il s’agit de ne pas dormir du WeI,
à la manière d’une touriste:
quand tu reviens aux infos-prépa me faire rêver en racontant les vacances à l’école, à l’heure du découragement…
à la manière d’une révoltée:
quand il s’agit d’être déléguée élève en colère
sur irc:
quand il s’agit de répondre sur #superquizz sans rentrer 10 réponses à la seconde,
11 juillet 2005 à 5:20 pm
Tiens tiens, ce n’est pas mal du tout comme exercice ça… Presque j’aurais envie de m’y mettre.
De ta plume c’est délicieusement ambigu, Artefact.
11 juillet 2005 à 6:45 pm
Aurele: facile à dire, même si je le reconnais, parfois ! je pourrais faire un petit effort supplémentaire. Mais de là à me transformer en bourreau des coeurs, il y a du boulot. Tu ne me feras pas dire qu’il suffit de le vouloir.
Ghislain: sourires.
Melie: excellente idée ! lançons un nouveau jeu !
12 juillet 2005 à 12:17 am
Bobesque:
La première fois que je l’ai aperçue, c’était dans une foule d’inconnus et son visage m’a semblé de suite amical. Deux phrases m’ont permis de comprendre qu’elle avait plus à partager que de vulgaires banalités, une culture, un esprit, un amour des arts et de la musique ; cela ne pouvait que me plaire. Elle souriait, elle respirait la joie. Et cependant, je me suis tout de suite dit qu’il y avait quelque chose d’étrange en elle : elle est la contradiction faite femme.
Elle paraît souvent triste, déprimée, mais plus j’y pense, plus je rassemble mes souvenirs, et plus je la revois souriante, en train de rire. Elle qui se plaint des petits tracas de la vie ne souffle pas mot lorsqu’elle est vraiment malade. Elle donne beaucoup, elle partage…
Mais trève de compliments où l’on va finir par croire que je ne pense que du bien d’elle
Elle s’habille en femme fatale… au moins une fois par décennie et encore, suite à un pari. Le reste du temps, elle doit trouver ses vêtements au mêmes endroits que moi (et c’est loin d’être une référence !).
Elle connait tout Paris et vous fera découvrir la capitale en gardant la forme… puisqu’il est hors de question de prendre un ascenceur (la tour Effel, ça vous tente ?) ni le métro.
Elle représente le bon goût musical… et a passé 3 ans à la sono de Télécom sans jamais avoir osé placer l’intégrale de Prokofiev lors d’une soirée (et les occasions n’ont pas manquées) !
Elle provoque, elle s’amuse… Elle est en opposition parfaite avec toute idée de conformité.
A qui cela peut-il plaire ? Mais à tous ceux qui fiers de pouvoir se compter parmi ses amis bien entendu.
Je ne chercherai jamais à comprendre comment elle fonctionne : j’aime les défis difficiles, pas l’impossible !!!
12 juillet 2005 à 8:40 am
Oui Artefact, pourquoi ne pas lancer ce genre d’exercice littéraire sous forme de jeu ? Je vais y réfléchir activement. Manifestement tes lecteurs y plongent avec bonheur
22 mars 2006 à 2:46 pm
C’est dingue comme ton ecriture coule facilement.. un vrai rélage à lire.. Mes yeux defilent sur l’ecran en m’imaginant ta voix qui me lit le texte interieurement..
Faudrait vraiment que tu publies un livre
28 mai 2010 à 3:08 pm
If I had a dime for every time I came here! Amazing writing.