Salée
Pour Coïtus Impromptus, sur le thème “… j’ai rajouté un peu de sel”.
Un après-midi fort pédagogique se profilait pour moi. Anatomie des nerfs de la jambe et du pied. J’avais méticuleusement révisé les pages et planches ad hoc de mon manuel, la veille, pour être bien prêt; répété dans ma tête chaque geste, vérifié trois fois que ma trousse de dissection était complète et bien rangée. Ordre et préparation, le secret de la réussite.
Le matériel pédagogique était une jeune femme, la trentaine, la peau blanche laiteuse, pas laide mais simplement quelconque, avec cependant une fort jolie poitrine, que je n’aurais pas le loisir d’admirer puisqu’il me fallait me concentrer sur l’objet de l’étude du jour. Ne pas s’égarer, se focaliser uniquement sur le sujet.
Je plaçai les champs sur son corps de manière à avoir une zone de travail bien dégagée et délimitée autour des jambes, puis, de ma main gantée, saisis le scalpel, posé bien à sa place sur la tablette, au milieu des autres instruments. La chair opposa une légère résistance, ce qui m’étonnait toujours malgré mon expérience, et quelques gouttes de sang perlèrent. J’avais décidé d’attaquer ma cartographie par le pied. Je commençai donc par dénuder la branche terminale du nerf fibulaire commun, sur le dos de son pied gauche. Puis remontai, tranquillement, égrenant dans ma tête le nom de chaque nerf, muscle, tendon, veine que je rencontrai en chemin, prenant soin de faire des incisions nettes et précises et photographiant mentalement chaque étape de mon parcours. Veine saphène, nerf tibial, nerf sciatique, aponévrose jambière, canal calcanéen…
Sans avoir conscience du temps qui s’écoulait, j’ai fini mon travail. Les incisions dessinaient sur la jambe une cartographie intime et raffinée. Assez content de moi, j’empoignai le magnétophone pour enregistrer pour moi-même quelques commentaires, et consultai la pendule. Ayant fini de m’enregistrer, je déplaçai en silence la tablette jusqu’à hauteur de la tête de la jeune femme, y posai le petit dictaphone et soulevai le champ opératoire qui recouvrait son visage. Un joli petit bijou technologique, ce dictaphone: j’étais bien content de l’avoir acquis.
J’eus une pensée pour le professeur Dumont, cet incapable, qui n’avait pas su détecter en moi le talent qui aurait fait de moi un brillant chirurgien. “Trop instable ! Il doit être exclu de la faculté de médecine !”. Abruti.
Le corps frémit. Le moment était venu. J’ai vérifié une dernière fois que tout était en place et en ordre et que le magnétophone était en marche. Le temps que l’anesthésie se dissipe tout-à-fait, j’ai choisi une plaie bien dégagée, propre et nette, et j’ai rajouté un peu de sel.
8 août 2005 à 10:40 am
J’adore…
8 août 2005 à 5:26 pm
Artefact, tu fréquentes trop de carabins…
Joli, ceci dit !
12 août 2005 à 8:03 pm
ta chute, excellente, me fait mal dans les dents … étonnant, non ?