Caméléon
On m’a tellement appris à devoir, à paraître, à remercier, à prévoir, à devancer, que j’en suis devenue un caméléon. Mais ce n’est pas le sol où je me pose dont je prends les attributs: c’est sur les souhaits des hommes, des femmes, des autres, que je règle mon diapason.
La plupart des gens, je crois, jouent un personnage; illes ont une image publique, un rôle qu’illes tiennent, et puis d’un autre côté ce qu’illes sont vraiment autour d’elleux, plus ou moins caché, plus ou moins en éruption. J’ai des dizaines de personnages.
J’ai appris à comprendre et à répondre à ce qu’on attendait de moi - jusqu’à parfois fantasmer ce que je crois qu’on attend de moi… mais je ne me trompe pas si souvent. Et c’est pourquoi beaucoup de gens disent m’aimer - et m’aiment, probablement, assez sincèrement… ou aiment le personnage que je joue en face d’elleux. Je m’efforce d’être ce que tel ou telle veut voir en moi. Je comble l’attente spécifique de tel ou telle. Je dis ce qu’on veut entendre. J’adapte mon discours, mon comportement à la personne que j’ai en face de moi. Je change de visage sans cesse. Le seul mètre-étalon est pour moi l’autre, en face, ses désirs, ses schémas. Jusqu’à m’en oublier moi-même. Et depuis tellement de temps, que toutes ces identités sont des secondes peaux, troisièmes peaux, quatrièmes peaux… dans lesquelles je me glisse instinctivement… je n’y pense même plus.
Et c’est pourquoi ce soir encore, comme un éternel retour, j’ai dû entendre encore je t’aime, j’ai dû entendre encore tu es trop parfaite, tu me combles, tu es tout ce que j’attends. Oui, forcément, j’ai tout fait pour. De la bouche d’un ami, dont je voulais seulement faire un ami, un ami proche, un très bon ami. Mais pas pour que ça en arrive jusque là. Je voulais juste te plaire, te faire plaisir, être l’amie, la complice, celle qui comprend, celle qui est là. J’en ai fait trop. A trop vouloir être aimée, on finit par être trop aimée.
Et c’est ainsi que l’on perd encore un peu de l’affection qu’on voulait tellement acquérir, en se faisant ainsi entrer à grands coups de chausse-pieds dans le moule de la perfection subjective; ce qui est parfait non pas dans l’absolu mais dans le regard de l’autre, l’individuel-le. C’est ainsi qu’on perd quelqu’un. Quelqu’un que l’on avait cru s’attacher en endossant le rôle de la personne idéale.
C’est triste comme une page arrachée, c’est triste comme une adresse que l’on raye dans son carnet d’adresses. Nous ne nous verrons plus. Je perds un de mes personnages, et surtout quelqu’un qui m’était cher.
Les caméléons s’adaptent. Oui. C’est même généralement perçu comme une qualité. Mais perpétuellement ils doivent abandonner leurs couleurs… et celle des feuilles qui les ont brièvement abrités.
Quand je doute
Quand je tombe
Et quand la route est trop longue
Quand parfois je ne suis pas
ce que tu attends de moi
Que veux-tu qu’on y fasse
Qu’aurais-tu fais à ma place ?
6 octobre 2005 à 11:20 pm
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds,
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien.
Mais l’amour infini, me montera dans l’âme;
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien
Par la nature, heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud (1854-1891)
Sensation
7 octobre 2005 à 8:59 am
Je me souviens de ce livre où je lisais qu’une personne qui ne s’aimait pas ne pouvait que mépriser les gens qui l’aiment. Et s’il n’était pas question d’amour et d’ego mais juste de moment agréables avec d’autres?
12 octobre 2005 à 5:30 pm
Je cherchais une définition d’artefact, sur Google et je suis tombé sur une de tes pages … hasard.
J’ai été voir la plus récente et c’est celle-ci qui me plait … hasard
Quand 2 caméléons se rencontrent, tu crois qu’ils changent de couleur toutes les secondes ? Ou bien y at’il un état stationnaire ?
12 octobre 2005 à 11:10 pm
Si l’on poursuit la réflexiond de GREG il te faudrai un / une caméléon(ne) ?
Allez, en chasse !
15 octobre 2005 à 10:23 pm
> C’est triste comme une page arrachée, c’est triste comme une adresse que
> l’on raye dans son carnet d’adresses. Nous ne nous verrons plus. Je perds
> un de mes personnages, et surtout quelqu’un qui m’était cher.
Le temps qui passe, les relations qui changent te forcent-elles à ce point-là à la rupture? La perte d’un personnage n’est pas si grave que ça, tu en créeras encore plein d’autres, même si celui-là était unique, et plaisant de par sa fonction sociale.
Et y-a-t-il vraiment un autre moi, que celui qu’on projette sous de multiples facettes et qu’on renvoit aux autres, que les autres nous renvoient, et qui, finalement nous fait accéder à travers eux à une forme d’immortalité? Suis-je ce que je crains, ce que j’espère, ou ce que les autres ont fait, font et feront de moi? Tout ça à la fois, et qu’on ne vienne pas me dire ensuite que je suis schizophrène! Crois-tu vraiment que l’autre n’a pas saisi la multiplicité des personnages, et que ce qui l’attire chez toi n’est que ce personnage que tu t’es crûe obligée de jouer pour lui? Pourquoi ne pas lui témoigner un peu plus de confiance, il a peut-être vu en toi plus que tu ne veux le reconnaître ou l’avouer, des facettes positives et porteuses d’espoir quand tu ne vois que tristesse et petits défauts?
Et comment réagir quand tu t’aperçois que le temps qui passe a changé les êtres, et que tu ne ressens plus la même chose qu’avant, que ce personnage miracle jusqu’alors est devenu faible et inexpressif, complètement décalé? Ne rien faire devient souvent impossible, voire aliénant.
> Les caméléons s’adaptent. Oui. C’est même généralement perçu comme
> une qualité. Mais perpétuellement ils doivent abandonner leurs couleurs…
> et celle des feuilles qui les ont brièvement abrités.
Et si au lieu de t’adapter tu commençais à changer le monde, pour le faire un peu moins déprimant? Tu as les capacités du caméléon pour t’adapter à des postes de décisions et d’actions, ne les gâches pas en te fondant dans le moule, surtout quand le moule te déplaît tant!
16 octobre 2005 à 4:08 pm
Ha tiens l’Artefact est caméléon. Pamela et Jean-Pierre avaient-ils oublié cette fonctionnalité ou bien est-ce une évolution majeure du produit?
25 janvier 2006 à 6:59 pm
en esperant que le commentaire ne sera pas perimé..
etre cameleon au mille facettes, capable de repondre aux attentes de chacun… être plastique et deformable à l’infini…
croiser un regard, y lire une demande… y repondre…
deviner et devancer de maniere naturelle, ne pensant que pour deviner plus juste plus vite.
trouver un equilibre, une facon d’être soi tout en etant un miroir, un complement…
et puis se perdre, à trop être se que les autres veulent (quoiqu’ils n’ont rien demander)… se perdre surtout quand c’est “la feuille” qui s’en va, perdu l’equilibre. Etions nous même a s’adapté ou pas?
Alors le cameleon se trouve tout nu ne sachant plus exister sans feuille?
Dans la lignee philosophons nouvelle question: 2 cameleons peuvent-ils s’accorder ou vont-ils se jauger se juger attendre une attente de l’autre pour pouvoir être!!? (oula j’vais me coucher…)
21 mars 2006 à 11:17 pm
Il est normal de vouloir plaire a quelqu’un a qui l’on tiens.. et de changer pour lui plaire, je suis un peu comme toi sur ce point.. mais notre vraie nature fini toujours par revenir un jour ou l’autre, à cause de la fatigue de l’enervement ou simplement marre de jouer un personnage qui n’es pas vraiment soi.. Il faut avant tout savoir qui nous sommes.. et ce n’est pas ce qui ya de plus facile..
6 avril 2006 à 1:28 pm
D’abord, merci pour ce blog, j’y suis depuis une heure, et ca remplit bien ma journée de boulot.. sans boulot
Je me sens vraiment soulagée de lire ces mots qui habillent mes sentiments, c’est bon de se reconnaitre dans d’autres, ca démystifie (voire, ca dé-paranoise)
Mais je ne crois pas qu’on soit ; soit caméléon, personnalité atrophiée en permanence, soit .. pas caméléon. Il y a mille variances, dépendante aussi de mon humeur, de mes hormones parfois, de petites prises de becs ou de manque de communications avec d’autres. Faut se sentir à l’aise avec ceux qui partagent son temps. Et pour ca, faut se garder du temps vide. Pas de rdv, d’obligation, juste une plage blanche dans l’agenda pour improviser.
Bon, je suis pas satisfaite de ce commentaire, tu écris beaucoup mieux!
30 janvier 2010 à 10:00 am
Je me presente le caméléon en personne qui vous ecrit:D eh oui j’ai appris à l’etre pour etre plus heureux avec les autres non pas pour plaire mais pour mes autosatisfaction et la satisfaction des autres,j’appelerai plutot ca le savoir vivre.
etre flexible et s’adapter à de differente situation m’a permis d’atteindre mes objectifs et à trouver une personallité du caméleon, du polyvalent qui peut tout faire et ne rien faire à la fois et qui trouve les solution à tout.
est ce un genre de perfection tel est la question?
avoir plusieur facette et faire travailler son imagination tout en etant maitre de soi meme,ca se travaille avec le temps.comme je l’ai fait et j’ai appris à la le faire et il y’a plusieurs astuces et des secrets et un tres grand enrichissement exterieur.j’ai mes secrets…………….
n’hesitez à poser des questions mes amis et me repondre et à faire des remarque….
6 juillet 2010 à 10:44 pm
Bonjour Caméléon, j’ai été bcp touché par ce blog, parce que je m’y suis complètement retrouvé. Je t’en remercie.
Je ne souhaite pas critiquer tes dires (ne serait-ce que par respect pour ton talent) mais sincèrement participé au débat.
Comme je te le dis ci dessus, je crois me retrouver dans tes dires, mais j’ai tjs considéré ce caractère comme un aveu de faiblesse, une peur de ne pas plaire plutot qu’un savoir vivre.
Si cela se limitait à une faiblesse, je le vivrai correctement. Mais comme tu l’écris si bien, il y a des fois où l’on devient factice, où l’on est aimé pour son masque plutot que ses convictions, et cette relation manipulatrice fane un jour ou l’autre. Or, un des critères de respect de l’homme n’est t-il pas de savoir vivre avec et faire vivre nos différences?
Je me suis svt rassuré en disant que ma vraie personnalité était le caméléon, mais je ne le crois plus aujourd’hui, ou en tout cas suis convaincu que cette personnalité est contraire à mes convictions humaines. Peu à peu j’essaie mois malléable et convaincu de mes propres idées, et c’est cela qui me demande du temps…
Encore une fois félicitations, je suis respectueux dvt ton talent.