Fêtarde

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Il ne vous aura pas échappé que je vous recyclais du vieux, là, des billets qui auraient du être publiés il y a un bon mois, et dont la flemme intergalactique (aidée par l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière) m’a empêché de m’occuper. Pour être tout de même un poil au goût du jour, tout en restant dans la thématique, il me reste à vous parler de la Fête de la Musique, qui, comme tous les ans, a eu lieu le seul jour de la semaine où il a fait un temps pourri. La Fête de la Musique est un paradoxe flamboyant : le prétexte de fêter la musique est pour de nombreuses personnes synonyme de la massacrer. On ne compte plus les adolescents ayant mal digéré le punk de papa franchir hardiment le pas qui sépare la cave où ils répètent du trottoir du bar PMU le plus proche, et l’anonymat du ridicule, ce qui conduit à se remémorer le mot de Desproges, certes cruel mais délectable :

« Un gentleman est quelqu’un qui sait jouer de la cornemuse, et qui n’en joue pas. Les jeunes d’aujourd’hui ne savent pas jouer de la guitare électrique. Et pourtant, ils en jouent. »

L’après-midi fut mi-figue mi-raisin : le groupe précédant la prestation de la chorale dans laquelle je chante ayant cru bon d’imposer au public deux bonnes heures de classique tout ce qu’il y avait de plus… classique, c’est un public un peu gazé que nous avons récupéré, et en plus, on s’est fait sucrer le pot champagne-petits-fours (qui promettait pourtant d’être classieux) à cause du retard. Il était cependant particulièrement jouissif d’interpréter Big Spender (où les alti, munies de boas, tentent d’entrer dans leur personnage de femmes de mauvaise vie à grands renforts de déhanchés et de regards de braise) dans le décor boiseries-tapisseries de la Cour des Comptes. Et d’être félicitée, une grande première pour moi, par de parfaits inconnus.

Je me suis efforcée ensuite de rejoindre quelques collègues qui passaient leur soirée musicale sur la Butte-Aux-Cailles. La foule nous rejouait la Commune de Paris dans les décors d’origine : fumée, cris, attaques sauvages à coup de bombes (ces bombes qui crachent du chewing-gum multicolores en fils, la grande mode de cette année chez les 6-9 ans). J’ai constaté avec consternation que de plus en plus de familles renonçaient à une soirée d’agapes et de musique, pour installer sur des tréteaux quelques crêpes maison ou faire cuire des merguez au barbecue électrique, sans doute pour arrondir les fins de mois. La crêperie sur laquelle mes collègues avaient jeté leur dévolu était heureusement loin du cœur de la panique et il nous parvenait juste quelques effluves sonores pas trop désagréables de la place d’Italie, mêlée aux cris des fêtards et aux explosions des pétards (et pas l’inverse, cette fois). Le service, folklorique, nous garda à table jusqu’à 22 heures bien tassées. À l’heure de rejoindre des lieux plus musicaux, crêpes suzette avalées, il se mit bien sûr à pleuvoir, et le rapatriement fut décidé.

Nous finîmes la soirée à quatre, chez moi, avec pour alibi musical un CD des polyphonies vocales des pygmées M’Benzele du Centrafrique. J’ai plumé mon directeur de thèse à Citadelles. J’ai craint un moment d’avoir commis une erreur stratégique, mais, à moins qu’il soit encore en train de mûrir une vengeance qui se mange froide, il n’a pas eu l’air de m’en vouloir.

Il ne restera plus qu’à conclure cette série musicale par le festival Voix sur Berges, dimanche au canal St-Martin, et je pourrai arrêter de vous parler de musiques de nouveau pour six mois !

7 réponses à “Fêtarde”

  1. Pascal a dit :

    Oh, j’aimerais bien entendre les polyphonies vocales des pygmées M’Benzele du Centrafrique…

  2. Artefact a dit :

    Pascal : je suis l’heureuse propriétaire de ce CD, ça doit pouvoir s’arranger !

  3. Corsac a dit :

    Condottière !!!

  4. Grumly a dit :

    En tout cas, on lit facilement etre les lignes que ça te passionne, et pas qu’un peu :)

  5. Taomin a dit :

    Alors c’était comment tes Voix sur berges à toi ? Humides aussi ?
    Je chantais deux fois… et je t’ai encore ratée, caramba !

  6. eustazio a dit :

    Hmmm les jeux de société avec le directeur de thèse, l’idée me semble follement décadente ! (et vive les mises a jour en gros, encore :P )

  7. Nikita a dit :

    “A gentleman is a man who can play the bagpipe, but does not.”

    J’adore. Mais ce n’est pas de Desproges, ça. C’est très anglais, et importé.

    De PD, j’aime beaucoup : “Le whisky est le cognac du con.”

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